Tonnerre Patrimoine
Marché couvert
Le marché couvert de Tonnerre : origine et construction
Depuis le Moyen Âge, le quartier Saint Pierre est le centre économique de la ville de Tonnerre. On y trouve des échoppes, des ateliers d'artisanat et la Halle Daret. Plusieurs fois par semaine, les lieux s'animent et deviennent le théâtre d'échanges commerciaux et sociaux. On se déplace de tout le Tonnerrois pour s'y approvisionner.
L'abandon de la Halle Daret
A la fin du 19e siècle, le site d'emplacement du marché devient de plus en plus problématique et décrié. La Halle Daret, qui est au croisement de trois rues étroites et à forte déclivité, devient difficile d'accès pour des véhicules toujours plus nombreux et encombrants. La salle, elle-même, est trop restreinte et peine à abriter tous les étals de denrées. Certains marchands s'installent au dehors et subissent, avec plus ou moins de patience, les caprices de la météo.
Les Tonnerrois s'élèvent de plus en plus contre cette situation et demandent la construction d'un nouveau marché, spacieux et couvert. Mais le tissu urbain du centre ville est dense, et il n'y existe pas d'emplacements libres qui puissent accueillir ce nouveau projet. Pendant 20 ans, le dossier est laissé en suspend.
En 1898, la ville d'Orléans rend publique sa volonté de vendre la structure métallique d'un de ses marchés de quartier. Elle retire finalement son offre quelques semaines plus tard, mais Tonnerre, qui s'était portée acquéreuse, réétudie son projet de marché couvert. Et s'il n'existe pas d'emplacement qui remporte l'agrément de tous, il faut tout de même agir car la situation est pressée.
Le choix de l'Hôtel Dieu
En février 1901, une Commission chargée spécialement du dossier se réunit pour la première fois. Elle a pour charge de trouver un nouveau site d'implantation, sur lequel on construirait une structure, ou un bâtiment qui serait réaffecté. Et assez vite, la piste la plus sérieuse est celle de l'Hôtel-Dieu. Cette vaste salle, construite par Marguerite de Bourgogne en 1293, totalement désaffectée, est idéalement située au centre de la ville et des affaires.
En mai 1902, l'architecte Baume soumet les plans de son projet aux élus et au public. Le pignon ouest de l'édifice serait percé de 5 portes monumentales, surmontées d'une demi rosace en verrière. Cette réalisation nécessiterait la destruction de la terrasse donnant sur la rue de l'hôpital, de la façade néoclassique et de la salle des malades du 18e siècle. Les portes latérales seraient remplacées par d'autres vitrées et l'on ferait un mur séparatif dans la Grande Salle pour laisser l'usage de l'église à l'hôpital.
Mais très vite, un vaste mouvement de protestations accueille cette initiative. Le docteur Chaput, chirurgien des hôpitaux de Paris et d'origine tonnerroise, se pose en défenseur de l'Hôtel-Dieu. Il publie deux ouvrages sur l'édifice médiéval et lève une souscription nationale en vue de le restaurer, à condition qu'il n'y ait pas d'installation du marché sous son toit.
La vague de protestation est telle que le maire, Edmond Jacob, justifie son projet dans une tribune du Bourguignon. Il explique que, contrairement à certaines rumeurs, il n'est pas dans ses intentions de faire disparaitre ou de déclasser l'Hôtel-Dieu. L'architecte choisi serait agréé par les Beaux-Arts, et, si jamais le projet était validé par le conseil municipal, la ville resterait à l'écoute de toutes les critiques.
La position de l'hôpital, principal intéressé du projet, est assez ambigüe. Au début, dans le courant de l'été 1901, le conseil d'administration "refuse formellement l'installation d'un marché couvert en lieu et place de l'Eglise dite de l'Hôpital". Puis, les mois passants, il se rallie à ce projet qui lui permettrait de toucher la somme providentielle de 40 000 francs venant des loyers, si nécessaire à la création d'une salle d'opération et de nouvelles chambres de malades.
Le mouvement de protestation prend une telle ampleur qu'il arrive jusqu'aux oreilles du gouvernement. Le 3 février 1903, le maire est sommé d'expliquer le projet en cours au ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts. Le mois suivant, une visite d'inspection a lieu in situ et ne convainc pas du tout le commissaire des Beaux-Arts. Le projet est refusé par ce dernier qui s'engage, pour calmer les esprits, à faire restaurer l'Hôtel-Dieu aux frais de l'État. Il va même jusqu'à offrir une subvention à l'hôpital pour lui permettre de financer son bloc opératoire et ses salles d'isolement. Le docteur Chaput, présent lors de la visite, indique que le montant de la souscription servira alors à l'entretien du monument.
La façade de l'Hôtel-Dieu convertie en marché couvert. Plan de E. Baume.
Archives municipales de Tonnerre
La façade de l'Hôtel-Dieu au début du 20e siècle.
Base Mémoire
Vue de l'Hôtel-Dieu, côté sud. Plan de E. Baume. Archives municipales de Tonnerre
Emplacement définitif et construction
Si tout se termine bien pour l'Hôtel-Dieu, le dossier concernant le marché couvert revient à son point de départ. Où l'installer à Tonnerre? La commission spéciale se remet au travail et propose quatre projets :
• Le pâtis : le site appartient déjà à la ville et lui épargne d'onéreux frais d'acquisition. Le lieu est vaste, proche de la gare et des voies de communication, mais il gâche la quiétude de ce parc et est trop éloigné des commerces. Les habitants des villages voisins qui s'y rendraient en repartiraient sans "être rentrés en ville".
• La Halle Daret : un élu propose de continuer à occuper la place du marché actuelle. Selon lui, les marchandises exposées seront moindres dans les années à venir, ce qui amène à reconsidérer la position de cette halle. Ce projet est écarté pour les raisons évoquées plus haut : difficulté d'accès, étroitesse des lieux.
• Un marché volant : pourquoi ne pas utiliser une structure démontable et facilement déplaçable? Si l'idée est appliquée dans des grandes villes, elle ne s'adapte pas à Tonnerre. Les frais de montage et démontage risquent, à terme, de coûter plus chers qu'une nouvelle construction. De plus, il faut tout de même trouver un emplacement à ce marché volant. La place de la République est pressentie, mais sa proximité avec l'école des filles fait craindre pour leur sécurité (circulation accrue).
• La Halle au blé : il existe sous la nouvelle mairie une halle. Son emplacement est idéal, en plein centre urbain, et les travaux d'agrandissement seraient, finalement, peu couteux. Le site remporte l'adhésion de la majorité des élus.
Le 27 mai 1903, l'architecte Rousseau présente ses plans et devis estimatif. La halle située sous la mairie sera prolongée par une charpente métallique totalement vitrée et les cloisons seront montées en briques. Pour amener un peu de lumière dans la partie semi-enterrée, l'on placera des pavés de verre sur le perron de l'Hôtel de Ville.
Le 4 juin 1903, le conseil adopte le projet de Rousseau, qui s'élève à 92 000 francs.
Les travaux commencent à l'automne et le 16 mars 1904, le nouveau marché couvert de Tonnerre est inauguré en présence du ministre de l'Agriculture.
Le marché couvert peu de temps après son inauguration.
Le ministre de l'Agriculture à Tonnerre le jour de l'inauguration du marché couvert, 1904.
Un Bâtiment Historique et Patrimoine du XXème siècle
Plan du futur marché couvert depuis la rue du Collège (actuelle rue F. Mittérand), 1904.
Archives municipales de Tonnerre
Inspirée par Baltard, l'architecture de ce bâtiment relève d'une certaine audace. On y voit mêlé la fonte, le verre, la céramique et la brique dans des lignes verticales et harmonieuses qui diffèrent des autres bâtiments industriels. Si ces structures ont eu un certain succès au début du 20e siècles, elles ont souvent été détruites par la suite. Celle de Tonnerre fait donc office de témoin de ce patrimoine méconnu ou oublié. En 1991, le marché couvert est classé à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et porte le label "Patrimoine du XXe siècle".
L'Heure de la Vengeance a sonnée
Nous sommes en 1884 :
le 22 décembre, devant le collège mixte de Tonnerre, un corps sans vie est découvert.
UN CORPS DÉCOUVERT À TONNERRE !
Le corps d’un homme, d’une trentaine d’années, vient d’être retrouvé devant les grilles du collège de Tonnerre, aujourd’hui, le 22 décembre. Une voisine affirme que la probable assassine serait venue s’abreuver à sa demeure, et aurait avoué son crime sans aucun remord.
La police enquête maintenant sur le sujet, et nous avons découvert l’identité de la victime. Il s’agirait d’Alfred Auguste Brisebard, un homme architecte et célibataire, sujet de rumeurs concernant ses conquêtes plutôt nombreuses.
De nombreuses hypothèses se posent alors : la tueuse pourrait être une de ses conquêtes ; une histoire qui a tout simplement mal tourné ?
ENQUÊTE
Après enquête, nous avons découvert qui était la coupable, il s’agirait de Henriette Francey, mariée, et mère. L’homme a succombé de trois balles de revolver. Une balle dans la tête, une autre dans le cou, et enfin une dans la poitrine qui aurait achevé ce Don Juan.
Monsieur Brisebard avait un comportement très étrange envers Madame Francey. Il suivait la femme jusqu’à sa demeure, elle subissait également un harcèlement qu’elle gardait secret auprès de son mari. Ce meurtre a été un acte de vengeance. Brisebard aurait d’ailleurs demandé chacune de ses sœurs en mariage, mais aurait été rejeté. Il aurait alors tenté sa chance sur la dernière femme qu’il n’avait jamais séduite. Un jour où son mari était absent, Brisebard a tenté de violer Henriette, et celle-ci aurait subi des attouchements obscènes. Elle aurait rappelé Alfred pour qu’il lui écrive une lettre d’excuse, mais il n’était pas de cet avis. Il a alors tenté à nouveau de la toucher, mais à ce moment, Madame Francey était préparée.
Revolver en main, elle aurait tiré vers sa tête, et touché son oreille. Brisebard aurait fui devant le collège, où elle l’aurait abattu avant que celui-ci ne crie, je cite « Je suis mort ! ».
PROCÈS : 26 MARS
Le procès aura duré 2 jours et s’est déroulé au tribunal d’Auxerre.
Lors du procès il y a eu 49 témoins qui ont raconté ce qu’ils ont vu ou entendu. Parmi les témoins se trouvaient M. Demange, la bonne de Mme Francey, ou encore Mlle Augustine Dumont.
RUMEURS SUR LE MEURTRE
D’après nos sources, de nombreuses rumeurs se sont diffusées à l’encontre de Mme Francey, dont une qui suppose qu’elle aurait trompé son mari, ou alors que, pendant qu’elle prenait un bain, l’abbé l’aurait également rejointe.
La justice à l’époque ne punissait pas les viols ou violences faites aux femmes, donc Brisebard n’aurait pas pu être puni par la loi. Selon la gravité, le meurtre était puni de différentes manières. Francey n’a pas été punie comme un meurtre de ce type devait être puni, elle n’a été condamnée qu’à 8.000 francs de dommages-intérêts. Nous supposons donc que Henriette avait des contacts haut placés.
Mairie de Tonnerre
Rue de l'Hôtel de ville
89700 Tonnerre
Site institutionnel :
ville-tonnerre.com
Tél. :
03 86 55 22 55
Mail :
patrimoine@mairie-tonnerre.fr
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